Bienvenue sur le blog

Conçu avec comme objectif de venir en aide de manière concrète au peuple palestinien, le blog se verra ajouter des liens vers des associations humanitaires qui oeuvrent en faveur du peuple palestinien et spécialement de l'enfance palestinienne et de l'éducation et de la culture. J'espère que vous prendrez plaisir à lire les poèmes et que vous en profiterez pour découvrir les nombreux projets menés. Je recherche des poèmes écrits en français en relation avec la Palestine.

mercredi 7 septembre 2016

Wala

Il est 3 heures du matin
Dans la cage aux bestiaux

La file est longue
Et dense
De corps

Tu attends
Un sandwich au jibney (1)
Et au concombre
Dans un sac en plastique
Serré dans ta main calleuse d’ouvrier

Ta femme a préparé
Ton petit déjeuner et ton repas de midi
Elle était debout avant toi
Et ensemble vous avez dit
La salat d’avant l’aube (2)

Elle a embrassé ton visage et dit Allah ma’ak ya habibi
Allah soit avec toi, mon amour

Tu embrasses les visages de tes petits qui dorment
Depuis des mois tu ne les as plus vus éveillés
Et tu te demandes
La voix de Walid a-t-elle déjà commencé à muer ?
Les hanches de Wijdad ont-elles commencé à s’élargir ?
Comment était le sourire de Suraya quand elle est rentrée à la maison avec son bulletin ?

Il est 4 heures du matin
Dans la cage aux bestiaux

Et toujours, tu attends
La file devant toi est si longue
Et maintenant, derrière toi, elle s’est encore allongée

Il y en a peu qui parlent
Vous êtes tellement serrés bon sang
Que vous vous maintenez debout les uns les autres

Tu vois ta propre fatigue
Reflétée dans la lassitude affleurant sur
Les visages tout autour de toi

Tu tournes la tête
Tu meurs d’envie de fumer
Mais qui diable peut se le permettre ?

Tu fixes les graffiti derrière les
Barreaux de fer qui t’enferment
Ils ont été écrits juste pour toi
Ecrits
Par des colons sionistes aspirant le souffle de tes poumons

Tu comprends le sens
De leurs mots anglais
« Crevez nègres des sables ! »
Parfois
Tu meurs d’envie de ça, aussi.

Il est 5 heures du matin
Dans la cage aux bestiaux

Les soldats arrivent
La file se desserre
Tu fais un pas en avant
Poussé par le poids des corps
Derrière toi

Ton sandwich au jibney
Et au concombre
Dans un sac de plastique
Est écrasé.
Il ne survit jamais.

Il est 7 heures du matin
Dans la cage aux bestiaux

Maintenant c’est ton tour
Tu sors tes papiers
Les déplie et les replie
Les yeux en berne
Le cœur en berne
Les chaussures en berne de tant de guigne

Mais
Tu es sorti de la file
Quinze hommes devant toi ont été mis sur le côté
Et tu a essayé de ne pas regarder
De ne pas entendre celui qui suppliait
Ne me frappez pas

Il est 7 h 30 du matin
Dans le bus aux bestiaux

Tu roules
Le pays qu’ils t’ont volé
Germe au-delà de ta vitre
Et tu imagines
L’homme que tu aurais été
L’homme que tu aurais dû être
Là juste dehors
À chevaucher le coursier de la famille
Les juments pur-sang que ton grand-père
Élevait et nourrissait et aimait
Dans une Palestine
Inviolée
Non volée

Il est 8 heures du matin
Tu descends du bus aux bestiaux

Ton sandwich écrasé au jibney
Et au concombre
Dans un sac en plastique
Dans une main

Les yeux en berne
Le cœur en berne
Tu déposes ta boîte à outils sur le sol pour frapper
À la porte de derrière du colon sioniste
Là où on va aider

Mais
Le contremaître du colon sioniste gueule Wala
Mish hon el yom !

Pas aujourd’hui
Garçon !

Et tout ce que tu peux faire c’est remercier Allah que ta
Femme et tes petits ne soient pas
Là pour les entendre t’appeler
Wala
(© 2013 Susan Abulhawa My Voice Sought the Wind – Ma voix cherchait le vent
Just World Books, Charlottesville, Virginia)
Traduction : JM Flémal

Notes
(1) Jibney. Fromage à pâte molle.
(2) Salat. Une des cinq prières de la journée.



 https://www.youtube.com/watch?v=oUIqhxMdffE


vendredi 2 septembre 2016

Si nous le voulons

Si nous le voulons
« Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autres.
Nous serons un peuple lorsque nous ne dirons pas une prière d’action de grâces à la patrie sacrée chaque fois que le pauvre aura trouvé de quoi dîner.
Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan sans être jugés.
Nous serons un peuple lorsque le poète pourra faire une description érotique du ventre de la danseuse.
Nous serons un peuple lorsque nous oublierons ce que nous dit la tribu..., que l’individu s’attachera aux petits détails.
Nous serons un peuple lorsque l’écrivain regardera les étoiles sans dire : notre patrie est encore plus élevée... et plus belle !
Nous serons un peuple lorsque la police des mœurs protégera la prostituée et la femme adultère contre les bastonnades dans les rues.
Nous serons un peuple lorsque le Palestinien ne se souviendra de son drapeau que sur les stades, dans les concours de beauté et lors des commémorations de la Nakba. Seulement.
Nous serons un peuple lorsque le chanteur sera autorisé à psalmodier un verset de la sourate du Rahmân dans un mariage mixte.
Nous serons un peuple lorsque nous respecterons la justesse et que nous respecterons l’erreur. »

La Palestine comme métaphore

« La Palestine comme Métaphore »
« Dépose ici et maintenant la tombe que tu portes
et donne à ta vie une autre chancede restaurer le récit… »

« Dans mon écriture, je m’avoue l’enfant de plusieurs cultures successives.
Il y a place pour les voix juive, grecque, chrétienne, musulmane. 
La vision adverse concentre toute l’histoire de la Palestine dans sa période juive. 
Je n’ai pas le droit de leur reprocher la conception qu’ils ont d’eux-mêmes. 
Ils peuvent définir leur identité comme ils veulent. 
Le problème, c’est que cette conception de l’identité signifie la négation de celle de l’autre. » Mahmoud Darwich

A ma mère



je me languis du pain de ma mère
du café de ma mère
des caresses de ma mère
jour après jour
l’enfance grandit en moi
j’aime mon âge
car si je meurs
j’aurai honte des larmes de ma mère

si un jour je reviens
fais de moi un pendentif à tes cils
recouvre mes os avec de l’herbe
qui se sera purifiée à l’eau bénite de tes chevilles
attache -moi avec une natte de tes cheveux
avec un fil de la traîne de ta robe
peut-être deviendrai-je un dieu
oui un dieu
si je parviens à toucher le fond de ton cœur

si je reviens
mets-moi ainsi qu’une brassée de bois dans ton four
fais de moi une corde à linge sur la terrasse de ta maison
car je ne peux plus me lever
quand tu ne fais pas ta prière du jour

j’ai vieilli
rends-moi la constellation de l’enfance
que je puisse emprunter avec les petits oiseaux
la voie du retour
au nid de ton attente 


Mahmoud Darwish  (traduit)

dimanche 28 août 2016

Passants parmi des paroles passagères


1. Vous qui passez parmi les paroles passagères, portez vos noms et partez.
     Retirez vos heures de notre temps, partez.
     Extorquez ce que vous voulez du bleu du ciel et du sable de la mémoire.
     Prenez les photos que vous voulez, pour savoir que vous ne saurez pas comment les
     pierres de notre terre bâtissent le toit du ciel.


2. Vous qui passez parmi les paroles passagères,
    vous fournissez l’épée, nous fournissons le sang,
    vous fournissez l’acier et le feu, nous fournissons la chair,
    vous fournissez un autre char, nous fournissons les pierres,
    vous fournissez la bombe lacrymogène, nous fournissons la pluie.

   
    Mais le ciel et l’air sont les mêmes pour vous et pour nous.

    Alors prenez votre lot de notre sang, et partez, allez dîner, festoyer et danser,
    puis partez.

   
    A nous de garder les roses des martyrs, à nous de vivre comme nous le voulons.



3. Vous qui passez parmi les paroles passagères, comme la poussière amère, passez où
    vous voulez, mais ne passez pas parmi nous comme les insectes volants.

    Nous avons à faire dans notre terre, nous avons à cultiver le blé, à l’abreuver de la
    rosée de nos corps.


    Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici, pierres et perdrix.
   
    Alors, portez le passé, si vous le voulez, au marché des antiquités et restituez
    le squelette à la huppe sur un plateau de porcelaine.

    Nous avons ce qui ne vous agrée pas, nous avons l’avenir, et nous avons à faire dans
    notre pays.



4. Vous qui passez parmi les paroles passagères, entassez vos illusions dans une fosse
    abandonnée, et partez.

   Rendez les aiguilles du temps à la légitimité du veau d’or ou au battement musical du
   revolver.

   Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici, partez.
   Nous avons ce qui n’est pas à vous : une patrie qui saigne, un peuple qui saigne, une
   patrie utile à l’oubli et au souvenir.



5. Vous qui passez parmi les paroles passagères, il est temps que vous partiez et que vous
    vous fixiez où bon vous semble, mais ne vous fixez pas parmi nous.
     Il est temps que vous partiez, que vous mouriez où bon vous semble, mais ne mourez
     pas parmi nous.
     Nous avons à faire dans notre terre, ici, nous avons le passé, la voix inaugurale de la
     vie, et nous y avons le présent, le présent et l’avenir, nous y avons l’ici-bas et
      l’au-delà .
     Alors, sortez de notre terre, de notre terre ferme, de notre mer, de notre blé, de
     notre sel, de notre blessure, de toute chose, sortez des souvenirs de la mémoire, ô
     vous qui passez parmi les paroles passagères

Mahmoud Derwich


Passants parmi des paroles passagères par ds_athena